By Giada Bianchi La fabrication d’un ennemi intérieur On assiste aujourd’hui en France à ce que l’on pourrait appeler la systématisation d’un discours de type raciste doublé d’un mépris de classe. On rassemble dans le terme «banlieue» par exemple une r …

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By Giada Bianchi

La fabrication d’un ennemi intérieur

On assiste aujourd’hui en France à ce que l’on pourrait appeler la systématisation d’un discours de type raciste doublé d’un mépris de classe. On rassemble dans le terme «banlieue» par exemple une référence à une question sociale, (un géographisme qui renvoie aux inégalités sociales)et une référence ethnique qui renvoie elle à un sujet considéré comme racisé, réduit à un stéréotype raciste, celui qui appartient à une «race» considérée comme «autre» par rapport à celle «nationale». Dans ce sens ceux qu’on appelle des «jeunes de banlieues», ce sont des jeunes prolétaires, dont une bonne partie est victime du racisme rampant de la bourgeoisie des centres ville, de la politique de ségrégation sociale menée par l’Etat et d’une propagande stéréotypée conduite par une certaine presse.

 On pourrait presque parler d’une figure de «musulman racisé» à travers laquelle on désigne d’emblée une catégorie de la population nationale à laquelle on assigne une connotation religieuse stigmatisante qui fait l’amalgame entre culture, langue, origines et religion; cette figure sous entend un discours raciste précis, qui attaque l’islam non pas comme une religion parmi d’autres, mais comme le danger mondial: «l’anti-france», «l’anti-europe»ou«l’anti-occident». En réalité ce discours s’appuie sur un islam caricaturé dans un imaginaire raciste qui a pas beaucoup à voir avec l’islam comme religion en tant que telle mais bien plutôt avec la désignation d’un coupable, d’un ennemi, d’un bouc émissaire facilement identifiable. A côté de ce discours qui renvoie à un racisme ou une islamophobie sociale, il existe une islamophobie politique, qui se véhicule à travers la figure du terroriste islamiste et qui fonde une partie de la propagande des partis politiques d’extrême droite; cette figure de terroriste leur permet ainsi de voiler le contenu raciste de leur programme et de se proposer plutôt comme nationalistes, défenseurs des valeurs de la France.

Les partis politiques au gouvernement ont alors une lourde responsabilité, car en appuyant des discours et des politiques de plus en plus sécuritaires et restrictives pour la liberté des citoyens, et, en justifiant ces pratiques par un même danger terroriste, de fait cautionnent et rendent possibles les amalgames, surtout dans les classes populaires où la capacité de critique est largement anéantie par des préoccupations d’ordre plus «basique» (chômage, précarité, bas salaires); dans ce contexte des phrases comme celle de Nadine Morano, députée UMP, lors du débat sur l’identité nationale « Moi, ce que je veux du jeune musulman, quand il est français, c’est qu’il aime son pays, c’est qu’il trouve un travail, c’est qu’il ne parle pas le verlan, qu’il ne mette pas sa casquette à l’envers», deviennent très pernicieuses.

Un exemple édifiant est la création d’un ministère «de l’immigration et de l’identité nationale»(créé sous la présidence de Nicolas Sarkozy le 18 mai 2007 ,ensuite supprimé en 2010) accompagné du débat sur l’identité nationale; un manifeste fut même rédigé par une vingtaine de chercheurs et intellectuels qui dénonçaient les dérives xénophobes liées à cette institution ainsi que le danger que celle-ci représentait pour la démocratie; malgré l’indignation des milieux intellectuels et malgré la suppression dudit ministère, sa courte vie a permis de cautionner les dérives nationalistes et la xénophobie comme hostilité à l’égard des étrangers en attribuant la responsabilité des difficultés sociales aux travailleurs immigrés, et en montant les différentes franges de la population les unes contre les autres.

Le nationalisme français classique, fondé sur la nationalité ou la couleur de peau, se ramifie et se diversifie en mouvements de type fasciste, qui tiennent un discours qui n’a plus grande chose à voir avec les vieilles habitudes du FN mais qui se montre beaucoup plus radical et surtout décomplexé et qui prend pied dans les franges populaires car il se propose en tant que nationalisme révolutionnaire.

Les identitaires(Bloc Identitaire, Réseau Radical) affirment ainsi un «anticapitalisme» de façade «national et social» bien connu du nationalisme français, tout en s’appuyant sur une vision du social de type ethnodifférentialiste et raciste qui fait la promotion d’un nationalisme et d’un suprémacisme blanc européen. Ils s’adressent en priorité à la petite bourgeoisie et le moyen prolétariat avec un discours fondé sur l’affirmation d’une identité «blanche» et «européenne», face aux «musulmans» et à «l’islam» assimilés à une menace pour l’intégrité culturelle, raciale des français dits «de souche», c’est à dire «blancs et chrétiens».

Cette tendance politique se retrouve parfois ralliée à des fractions de la minorité nationale juive , au nom de la lutte contre «l’islamisation» et dans un contexte plus large qui renvoie au conflit Israelo-palestinien et au sionisme. Il s’agit ici de se servir de la violence anti-islam propre à ces mouvements radicaux pour tenir aussi un discours qui interdirait toute accusation d’antisémitisme et de racisme et qui de fait permet de contourner la législation française au sujet des actes et propos racistes (l’islamophobie n’étant pas un crime raciste à différence de l’antisémitisme).

A côté des Identitaires l’on retrouve des mouvements moins connus et pourtant en plein essor actuellement, surtout auprès des anciens adeptes du FN qui commencent à se radicaliser en contestant la politique de Marine Le Pen qui succédant à son père, essaie de donner une image en façade plus modérée du parti; le Parti Solidaire Français en est un exemple; inspiré par des idées racistes et ethnodifférentialistes sur le genre d’un Gobineau , il tend à justifier la colonisation, le statut de l’indigénat, les massacres et l’oppression coloniale; on assiste alors ici à une prolifération de discours et d’ouvrages qui revisitent le passé sombre des relations entre la France et l’Algérie et qui visent un public bien spécifique, «les pieds noirs» qui réclame à nouveau les bien faits de la colonisation et qui se défende des accuses d’islamophobie ou de racisme en utilisant comme prétexte l’ origine et la nationalité algérienne.

A ce sujet un livre très controversé vient de sortir, Vive l’Algérie française de Robert Ménard et Thierry Rolando, un texte qui fait l’éloge des bien faits de la colonisation française en Algérie et qui crédite tout un discours tendant à revaloriser un passé pour lequel on croyait que la France républicaine avait fait son mea culpa.

Dans ce contexte aussi le fait de donner la parole aux «pieds noirs» permet de soustraire ce discours à l’idée , qui pourtant le fonde, de supériorité française vis-à-vis des étrangers nord africains , donc encore une fois le racisme est transformé et caché derrière le nationalisme .

Pour terminer, un nouveau courant qui jongle entre pensée identitaire, valeurs dites traditionnelles de la vieille et glorieuse France et catholicisme radical , vient de faire son coming out en occasion du débat sur la nouvelle loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe, loi finalement adoptée le 23 avril dernier; il s’agit du mouvement «Manif pour tous» derrière lequel l’on retrouve des figures politiques peu connues jusqu’ici du grand public. Ce mouvement porté par un collectif varié d’associations d’origine assez douteuse (une enquête édifiante a été d’ailleurs publiée à ce sujet par le quotidien Le Monde profite dudit débat pour proposer une idée discriminante et discriminatoire de la société civile française, en faisant passer le fait de droit ( les citoyens d’un même Etat sont égaux face à la loi et jouissent des mêmes droits sans discrimination de sexe, de religion, de langue, de culture ou de couleur de peu) après un supposé fait de droit religieux; le mariage en tant qu’institution serait ainsi soumis à une discrimination de fond, liée à une idée sexiste de l’égalité en droit.

Ce fait pourrait rester confiné à une contestation d’ordre moral ou religieux si ce n’est que ce mouvement a vite rejoint celui des Identitaires, créant ainsi un front nationaliste, qui rassemble à la fois des idées fascistes, racistes, islamophobes et homophobes.

Un mouvement très radical «Le Printemps Français» (sous la direction de M.me Béatrice Bourges) derrière lequel se cachent des associations catholiques extrémistes, entre autre «Civitas», a d’ailleurs profité de l’occasion pour faire surface, même si par la suite il a été écarté par les porte parole officiels de «la Manif Pour Tous»; il en reste pas moins qu’il a eu ainsi la possibilité de se faire connaître du grand public et de récolter un certain nombre de sympathisants.

Le soutient que Bloc Identitaire lui a porté en est un exemple.

Les dérives associées à ce rassemblement ont d’ailleurs été évidentes lors des dernières manifestations (21 avril 2013 ) où l’on a assisté à la réapparition sur la place publique et face aux forces de l’ordre, du salut nazi.

La boucle est ainsi bouclée et le vrai visage de ce pseudo nationalisme s’est enfin montré au grand jour.


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