– Aurélie Wielchuda D’après la FAO (l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), il existe un droit à l’alimentation décrit comme suit : « Le droit à une nourriture suffisante est réalisé lorsque chaque homme, chaque femme et

Aurélie Wielchuda

speculation food

– Aurélie Wielchuda

D’après la FAO (l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), il existe un droit à l’alimentation décrit comme suit : « Le droit à une nourriture suffisante est réalisé lorsque chaque homme, chaque femme et chaque enfant, seul ou en communauté avec d’autres, a physiquement et économiquement accès à tout moment à une nourriture suffisante ou aux moyens de se la procurer ». Concrètement, ce droit signifie que les pays ont une obligation d’assurer à leur population un accès à une nourriture accessible financièrement et en suffisance. Pourtant, ce droit est dénié à des millions de personnes depuis des décennies pour préserver les intérêts d’un petit groupe.

Autrefois, dans un monde moins capitaliste, les Etats avaient des stocks de céréales afin d’éviter pénuries et montées des prix disproportionnées. En 1998, le FMI a interdit cette pratique jugée contraire au sacro-saint libéralisme. Comme nous le savons tous, les marchés s’autorégulent et toute intervention étatique serait dès lors une hérésie. En conséquent, les prix de nourriture, en particulier des céréales, sont devenus extrêmement volatiles. Cette volatilité est particulièrement dommageable pour les petits fermiers et pour les personnes souffrant de malnutrition. En 2013, la FAO estimait que 842 millions de personnes (12% de la population mondiale) souffraient de malnutrition grave. La faim est la cause du décès de plus de 3 millions d’enfants de moins de 5 ans chaque année.

Les spéculateurs se sont rapidement rendu compte que contrairement aux bulles internet et immobilière, la demande de denrées alimentaires ne risquait pas de baisser. Ce constat a marqué le début d’une spéculation effrénée sur les denrées alimentaires, accrue par le fait que seules quatre compagnies- le groupe ABCD (pour ADM, Bunge, Cargill et (Louis) Dreyfus)- sont responsables d’entre 75 et 90% du commerce mondial de céréales. Entre 2006 et 2008, le prix moyen du riz a augmenté de 217%, celui du blé de 136%. Dans un rapport de 2011< (pdf), l’ONU fait un lien direct entre les crises alimentaires et la spéculation.

En effet, en matière de denrées alimentaires, l’augmentation des prix a des effets tangibles. La crise globale de 2007-2008 a mené à des « émeutes de la faim » et à une insécurité sociale grandissante dans plusieurs pays d’Afrique, d’Asie, du Moyen-Orient et d’Amérique latine. La rapide montée des prix de fin 2010 a mené à la famine de 2011 en Afrique de l’ouest. Dans la seule Somalie, on estime à 260000 le nombre de décès directement liés à la faim. Cette crise aurait pu être tempérée si les pays avaient pu réguler les prix grâce à leurs stocks.

food prices

La façon de lutter contre cette spéculation est connue: la régulation. Un rapport de 2009 par la députée européenne Mairead McGuinness proposait déjà la solution : le Parlement Européen considère « estime qu’un système mondial ciblé de stocks alimentaires régionaux et locaux décentralisés serait utile (associant des stocks d’urgence destinés à réduire la faim et des stocks régionaux permettant de réguler les cours des matières premières et d’apaiser la faim lors des flambées des prix)». Pourtant, et ce malgré les efforts d’organisations comme Oxfam ou Action for food reserves, les dirigeants n’ont toujours pas eu le courage politique d’arrêter un système laissant les vies de millions de personnes à la merci d’intérêts mercantiles. La production mondiale pourrait nourrir 12 milliards d’individus. La faim n’est pas un problème de production mais de répartition et de spéculation qui doit être réglé MAINTENANT.


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Aurélie Wielchuda

Aurélie is a feminist based in Brussels.

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