Tout article sur le féminisme a droit à son lot de commentaires reprochant aux féministes de détester les hommes, d’être castratrices, etc…

Aurélie Wielchuda Women
Aurelie

Aurélie Wielchuda

Certains affirment même que les féministes sont sexistes car elles ne reconnaissent pas la souffrance des hommes et ne défendent que les droits des femmes « comme si les hommes n’étaient pas victimes de discrimination » (sic). Ainsi, ces personnes préfèrent le terme d’égalitariste.

Qu’est-ce que le féminisme ?

Le féminisme en soi n’existe pas. C’est un rassemblement de différents mouvements et idées qui réunissent des personnalités très différentes. Certains sujets comme la prostitution ou la discrimination positive sont les preuves vivantes de ces différences.

Pour moi, le féminisme a deux composantes. La première est la lutte pour l’égalité des  droits. Les lois égalitaires sont nécessaires pour assurer que les femmes aient les mêmes droits que les hommes devant la loi. Cette égalité est loin d’être une réalité partout, et loin d’être suffisante quand (presque) obtenue.

Bien que les deux situations ne soient pas comparables sur bien des points, il est intéressant de réfléchir à la condition des femmes en ayant en tête celle des Noirs américains à la fin des années 60.  Bien qu’ils aient eu les même droits que les Blancs en théorie, les stéréotypes dont ils étaient victimes et leur retard en termes de richesse et donc d’accès à l’éducation et aux activités sociales les a privé du partage du pouvoir et de la richesse. Et tout comme pour les femmes aujourd’hui, certains ont vu dans ce retard- alors qu’ils avaient les mêmes droits devant la loi- une conséquence de leur « nature » .

L’idée d’une nature noire ou féminine est celle qui nous amène à la deuxième composante du féminisme : la lutte contre le système patriarcal. La patriarchie est un système où le rôle des hommes et des femmes sont définis de façon à assurant la continuation de la dominance mâle.

Pourquoi il est inconfortable d’être féministe?

Dans le système patriarcal, les féministes sont « mauvaises » parce qu’elles ne correspondent pas aux caractéristiques qui sont attendues d’une femme. Plutôt que d’être vues comme se battant pour leurs droits et volontaires, les féministes sont vues comme haineuses, hystériques, autoritaires… Et ces images ne correspondent pas à l’idée que l’on se fait d’une femme. Pour ces raisons, de nombreuses femmes, même au pouvoir, clament haut et fort ne pas être féministes. Comment quelqu’un pourrait souhaiter être traité comme une espèce inférieure reste un mystère à mes yeux.

Pour les hommes, être féministes signifie prendre conscience d’être les gagnants d’un système discriminatoire. Cela signifie réaliser qu’ils ont été sexistes et profité de leurs privilèges genrés. Mais ils ne sont pas seuls dans cette situation. Les femmes aussi sont sexistes et doivent parfois lutter contre elles-mêmes quand il s’agit de changer une roue plutôt que de demander à un homme (ceci n’est qu’un exemple parmi des milliers et pourrait être remplacé par n’importe quel privilège il y a à être considérée faible et charmante : ne pas payer l’addition lors d’un rendez-vous, ne pas ouvrir de porte, etc…). Et bien sûr, il est parfois plus confortable d’être considéré charmante et gentille parce que femme que haineuse parce que femme et féministe. Mais nous avons beaucoup à gagner du féminisme, et les hommes aussi.

Pourquoi c’est nécessaire pour nous tous?

Nous n’avons pas seulement besoin du féminisme parce que c’est juste. Pour les femmes, les avantages sont évidents : moins de discrimination, moins de violence, plus de pouvoir et de respect…

I need feminism

Mais les hommes aussi ont besoin du féminisme. Comme l’a souligné l’auteure Chimamanda Ngozi Adichie, les hommes sont également victimes de la violence liée au système patriarcal. Nous apprenons aux garçons à avoir peur de la peur, de la faiblesse, de la vulnérabilité. Nous leur apprenons à cacher leur vraie nature parce qu’ils doivent être des durs, des hommes virils. Plus un garçon se sent obligé d’être un « dur », plus son égo en pâtira.

Alors que les femmes se font plus petites et tentent d’entrer dans le moule de la femme gentille, aimante, fée du logis (et mère de préférence), on attend des hommes qu’ils fassent montre de force, de pouvoir et de richesse. Le but du féminisme n’est pas de rendre les hommes faibles ou les femmes plus fortes qu’eux, c’est de laisser chacun être fort, aimant, tendre ou ambitieux selon sa vraie nature et non selon ce qui est attendu d’eux à cause de leur sexe. Les féministes ne se battent pas seulement pour les droits des femmes, elles se battent pour le droit de chaque personne, quel que soit son sexe, d’être soi-même et libre des stéréotypes de genre. En tant que féministes, nous croyons que les hommes sont capables d’amour ou de sensibilité au même titre que les femmes, et que seule la société patriarcale est responsable de la violence genrée. Nous croyons également – et certaines femmes de pouvoir en sont la preuve- que les femmes sont également capables de force et d’ambition.

Je crois qu’il est important de garder le mot féminisme. Il porte avec lui le souvenir de siècles de luttes courageuses pour l’égalité. Et nous ne pourrons nous libérer du système patriarcal que quand les hommes accepteront de s’appeler des féministes. Un terme associé à la base aux femmes n’est pas synonyme de faiblesse et un homme avec des faiblesses n’en est pas moins un homme. Tant que nous resterons dans un système où même les hommes de bonne volonté ont peur de se nommer d’un terme qui pourrait éventuellement sembler féminin, le féminisme restera une nécessité.

we need feminism


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Aurélie Wielchuda

Aurélie is a feminist based in Brussels.

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