Mon histoire n’est pas une histoire déchirante d’immigration.

C’est au contraire l’histoire de l’immigration la plus simple qu’on puisse imaginer. Quand je suis arrivée en Allemagne, je connaissais déjà la langue et partiellement la culture et les habitudes locales, n’avais pas de problème financier et j’arrivais dans un contexte où les personnes que je rencontrais avaient toutes vécu à l’étranger et pouvaient donc comprendre mes problèmes.

Malgré tout, être une immigrée n’a pas été facile. Dans certains pays, il est attendu des migrants qu’ils s’assimilent, c’est-à-dire qu’ils « s’ajustent entièrement aux valeurs et système légal de la société d’accueil » (Organisation Internationale pour les Migrations). Marine Le Pen a même comparé l’intégration (souvent opposée à l’assimilation) avec une « désintégration nationale ». Bien qu’obéir à la loi et respecter la culture locale soient des étapes nécessaires, s’adapter entièrement à un système me semble impossible. La plupart des immigrés arrivent à l’âge adulte et ont déjà développé une identité propre influencée par leur environnement. Vivre dans un autre pays que son pays d’origine est une expérience très enrichissante qui fait changer et évoluer. Mais nous avons tous un contexte familial, socio-économique et culturel qui ne saurait s’effacer pour plaire à la société d’accueil. C’est pourquoi le terme d’assimilation est maintenant souvent compris comme un but inaccessible et remplacé par le terme d’intégration.

On peut (trop) souvent entendre que les immigrés (/les Musulmans/ les Roms selon le contexte national et ses idiots politiques) ne veulent pas s’intégrer dans la société. David Cameron a récemment critiqué ces immigrants qui « échouent à s’intégrer ». Pour Boswick et Heckman, l’intégration est « le processus d’inclusion des immigrés dans les institutions et dans les relations avec la société d’accueil ». Et c’est un point essentiel à mes yeux. En tant qu’immigré, il fait partie du deal de respecter la loi, d’apprendre la langue et de respecter la culture du pays d’origine. Mais il est impossible de s’intégrer sans volonté de la part de la société d’accueil. L’acceptation par les autres est en partie dépendante de l’attitude de l’immigré, mais aussi grandement de la volonté des autres de l’accepter. Comme toute relation, la relation entre immigrés et société d’accueil est une route à double sens. Et c’est un fait qui est trop souvent oublié. J’ai récemment vu l’interview d’un des initiateurs de la « marche contre le racisme » de 1983 qui après des années de lutte contre les obstacles faites à son intégration avait renoncé et se tournait à nouveau vers son pays d’origine.

Les gens projettent de nombreux stéréotypes sur les immigrants. De nombreux Allemands voient les Français comme charmant et sympathiques, mais assez peu fiables, un poil feignant et désorganisé. Bien sûr, ce ne sont de loin pas les pires stéréotypes, ils restent néanmoins assez peu pratique dans un contexte professionnel. Etre confronté à toutes ces projections est un vrai défi identitaire car il est devient difficile de s’exprimer de façon non-biaisée.

Je ne me permettrais pas de comparer mon histoire avec celle de personnes ayant dû fuir leur pays, laisser leur famille derrière eux, qui ne savaient pas où ils allaient atterrir… Mais mon expérience très simple et pourtant compliquée d’immigration m’a fait réaliser l’étendue du défi que doit être l’immigration pour des personnes ayant des situations tellement plus compliquées, des cultures tellement plus différentes… et à qui on demande en arrivant de ne plus être eux-mêmes (ce qui est pourtant une injonction de notre société moderne).


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Aurélie Wielchuda

Aurélie is a feminist based in Brussels.

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