Après cinq années d’une austérité implacable, la Grèce a voté pour un gouvernement anti-austérité.

Zoe Mavroudi Europe, Greece,

En dépit d’une longue diabolisation de SYRIZA et d’Alexis Tsipras qui a duré 5 ans et qui a été menée par les médias exonérés d’impôt et propriété des oligarques et par les hauts membres du gouvernement de Samaras – qui, avant l’élection, a abouti à des menaces burlesques de l’arrivée d’une ère communiste de pénurie de nourriture et de papier toilette en cas de victoire de SYRIZA – un parti qui s’identifie comme marxiste et de gauche a remporté une élection nationale.

SYRIZA a terminé avec deux sièges de moins que nécessaire pour obtenir la majorité absolue au parlement, en dépit de l’exclusion de 100.000 électeurs de 18 ans, et des migrants grecs – des centaines de milliers d’entre eux ont quitté la Grèce pendant la crise – d’un vote par correspondance.

Ce que signifie la victoire, en d’autres termes, est que la Grèce peut progressivement reprendre sa souveraineté en négociant enfin une décote généreuse de la dette et en exigeant que l’UE prenne les bonnes décisions concernant ses propres promesses et ses traités.

SYRIZA a appelé un chat un chat en déclarant le simple fait que la Grèce ne peut pas payer ses dettes et qu’elle connaît une crise humanitaire apportée dans le pays par le refus de l’UE de repenser les problèmes systémiques au sein de l’union monétaire. SYRIZA a également fait des promesses spécifiques au peuple grec pour alléger le fardeau des compressions budgétaires qui ont frappé les classes les plus pauvres et pour mettre fin aux cadeaux envers les plus riches mis en place par les gouvernements précédents.

Il y a plusieurs questions sans réponse sur la façon dont un gouvernement SYRIZA pourra négocier la dette dans une UE néolibérale hard-core, ainsi que sur sa coalition avec ANEL, un parti nationaliste de droite, ayant des vues ouvertement racistes et extrêmes.

L’avenir d’une telle coalition est incertain et nul ne peut prédire ce qui pourrait constituer un casus belli pour les deux partis, au-delà de la politique économique.

Il n’est également pas simple de comprendre comment ANEL s’inscrit dans le spectre plus large de la droite en Grèce. Les comparaisons avec l’Aube Dorée et Nouvelle Démocratie sont certainement hors-sujet, mais les membres de la tête de ANEL ont été largement critiqués pour leur homophobie, leurs opinions religieuses et même leur croyance en l’existence des chemtrails. La communauté LGBT grecque devrait être légitimement découragée par cette alliance. Idem pour ceux qui espéraient que SYRIZA allait enfin promouvoir une séparation de l’Église et de l’État.

Il est également vrai cependant que certaines des pires atteintes aux droits humains pendant la crise sont venues des personnes se disant centristes, qui se sont dispersées dans les différents partis alors que la popularité de SYRIZA augmentait. Tsipras pourrait avoir fait une grosse erreur en ouvrant son cabinet aux centristes de To Potami(“la rivière”). Le centre grec est un mélange contaminé de vieux politiciens, de personnalités des médias et de personnes sans aucun historique politique ou civil. De nombreux centristes ont renforcé les tactiques de l’État policier au cours des cinq dernières années ou étaient largement silencieux au nom d’une prétendue nécessité d’un consensus pour sauvegarder l’austérité. Que SYRIZA invoque des excuses semblables pour permettre à ANEL de donner le ton en matière de droits de l’homme et de politique d’immigration est en grande partie entre les mains des forces de gauche de la société, qui doivent désormais appliquer la pression de bas en haut.

SYRIZA doit aussi faire face à la friction interne sur des questions comme le mariage et la religion. Il reste à voir si les voix plus progressistes au sein du parti prévaudront.

Mais quiconque a connu la crise grecque, quiconque a vu le train-épave économique et politique se dérouler pendant cinq lentes années et a été le témoin de son effet sur ses amis, sa famille et sur ses villes et communautés a toutes les raisons de se sentir soulagé aujourd’hui.

Nous n’avons plus à regarder un gouvernement parlant comme le perroquet de la ligne de l’austérité, tout en se référant à ses politiques injustes et aux “sacrifices du peuple grec.” Après cinq ans, et en fait, après 40 ans de gouvernements post-junte qui répondaient à des élites corrompues, qui déchiraient notre constitution en lambeaux et qui ont déclenché une vente à la découpe des ressources naturelles, les Grecs peuvent enfin dire que cette course destructrice a été inversée.

Ce que demain apportera, chacun peut en faire son pronostic : il pourrait aller à gauche ou il pourrait dévier vers la droite.

Mais aujourd’hui, nous espérons.

– Traduction par Okeanews


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Zoe Mavroudi

Actress, playwright, screenwriter, director. Greek.

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